Bon, on est en troisième semaine du Tour. Quelques sprinteurs sont encore présents et il faut leur tirer le chapeau. Parce que les autres, ceux qui n’aimaient pas trop les cols et les pourcentages, ils sont déjà rentrés à la maison, ou ils regardent l’étape depuis le canapé avec une poche de glace sur les cuisses.
Un sprinteur de troisième semaine, c’est pas le même animal qu’un sprinteur de première semaine. Au départ du Tour, il est propre, rapide, confiant, il parle de “train”, de “timing” et de “puissance maximale”. En troisième semaine, il ressemble plutôt à un vieux diesel, ça broute au démarrage mais ça part encore au quart de tour quand il voit une ligne droite à l’arrivée.
Et aujourd’hui, il faudra composer avec les Bauges puis la Chartreuse. Alors attention, ça monte quand même. Des bosses modestes, comme disent les organisateurs.
Les grimpeurs vont sûrement regarder ça en haussant les épaules, genre “ça va, c’est gentil”. Oui, forcément, quand tu pèses 58 kilos et que tu montes les escaliers comme un cabri sous caféine, tout paraît gentil. Mais pour les grosses cuisses qui traînent déjà trois semaines de fatigue, chaque montée devient vite un enfer.
A Voiron, si les sprinteurs passent les bosses sans trop perdre de plumes, ça peut débouler fort. Très fort. Et là, malgré la fatigue, malgré les montées, malgré les grimaces, ils vont ressortir les watts, les coudes et la mauvaise foi habituelle du “j’étais enfermé sinon je gagnais”.
En résumé : étape pas assez dure pour enterrer les sprinteurs, mais assez piégeuse pour leur rappeler qu’on n’est plus au premier lundi du Tour. Les Bauges et la Chartreuse feront le ménage chez les moins solides, mais les plus tenaces devraient s’accrocher pour jouer la gagne à Voiron.